Les addictions selon les milieux sociaux
L’addiction est aujourd’hui un véritable enjeu de société et de santé publique. Pour comprendre comment agir et comment aider ces personnes en situation de dépendance, il est nécessaire d’avoir tous les tenants et aboutissants de l’addiction.

Le triangle multifactoriel de Claude Olievenstein présente toutes les caractéristiques propres à l’addiction, regroupées en 3 catégories :
– la personne, avec sa taille, son poids, sa génétique…
– le produit concernant l’addiction avec le dosage, la durée de consommation, l’addictivité du produit…
– et enfin le contexte dans lequel le produit est consommé avec le contexte social et de consommation
Ce dernier point fait directement référence au milieu social ; et ce triangle multifactorielle lui accorde la même importance que la substance et les caractéristiques physiques de l’individu dans les causes de l’addiction.
Ainsi et selon l’imaginaire collectif, tout nous amène à penser que l’addiction est propre aux milieux précaires. L’image stéréotypée du « junkie », du « SDF sous alcool » ou de « l’ouvrier avec cigarette » revient souvent ; mais cette vision est elle véritablement fondée ?
- Addictions et milieux précaires
Logiquement oui, la précarité peut être un des facteurs d’accroche aux substances, comme c’est le cas pour le tabac. D’après l’INSEE en 2010, les chômeurs comptent 51 % de fumeurs quotidiens contre 31 % pour les actifs occupés du même âge. Il en va de même pour l’alcool où on dénombre une conduite plus excessive pour des individus issus de milieux défavorisés que favorisés.
Les explications de ces dépendances ne sont pas figées et restent toujours multifactorielles. Il n’empêche que la pression économique, le rapport parfois difficile à l’emploi, et les relations sociales compliquées (plus souvent représentatif des milieux précaires) peuvent être à l’origine de dépendance. La dopamine, libérée par la consommation de ses substances, accroche d’autant plus que le quotidien de l’individu est compliqué.
Il en est de même pour l’addiction aux jeux d’argent. Bien que cette activité ne soit composée d’aucune substance psychoactive agissant directement sur le cerveau de l’individu, le plaisir procuré par un succès réalise également cet effet. Un individu issu de milieux précaires accrochera davantage dès lors qu’il croit en cette activité pour améliorer sa condition de vie.
- Addiction et milieux favorisés
Malgré tout, gardons à l’esprit que l’addiction provient d’une multitude de variables, pas toujours liées à la précarité. En effet, les milieux favorisés peuvent également être concernés par certaines formes d’accroches aux substances : ces comportements sont souvent invisibilisés mais sont tout autant réels.
Premièrement, on peut constater des pratiques incorporées qui masquent en réalité des addictions. C’est le cas de la consommation de grands crus comme le vin, de la consommation de whisky ou même du poker entre « gentleman ». Ici, ces consommations sont culturellement codifiées et symbolisent l’appartenance à un groupe social. Pourtant, ces comportements peuvent mener à l’addiction et les conséquences ne se limitent pas au milieu social.
De plus, certaines formes d’accroche relèvent d’une logique professionnelle, dans le but d’être plus performant. C’est le cas d’une consommation de cocaïne ou d’anxiolytiques chez les traders, les patrons d’entreprises… Le but semble donc de répondre au stress et à la pression constante.
On parle tout de même d’une addiction invisibilisée car la perception collective voit ce type d’addiction comme des « soucis de santé » et non pas comme de la délinquance. Malgré leur consommation, ces individus ont une situation stable, contrairement aux consommateurs des milieux défavorisés.
L’image de l’addiction pour un milieu social élevé est également vue comme mauvaise ; les consommateurs ont davantage tendance à plus masquer ces comportements.
- Addiction, genre et âge
L’addiction ne dépend d’ailleurs pas uniquement du milieu social, mais peut aussi varier en fonction de l’âge ou du genre.
D’après le graphique 1, pour la consommation quotidienne de tabac au cours de l’année 2010, on voit que les hommes ont plus tendance à accrocher que les femmes. La consommation semble également plus élevée chez les individus jeunes (notamment 26-34 ans) que chez les personnes âgées.

D’après le graphique 2, en ce qui concerne la consommation d’alcool au cours de l’année 2010, les hommes consomment considérablement plus que les femmes. En revanche, les personnes âgées boivent bien plus quotidiennement de l’alcool que les jeunes (en particulier pour les 65-75 ans).

Ces différenciations s’expliquent par des pratiques de consommation opposées ; des besoins multiples et variés…
Par exemple, la consommation de tabac chez les jeunes est plus fréquente car ça correspond à un début d’addiction, à la découverte d’une substance et parfois à un effet de groupe. Cette addiction a tendance à baisser avec le temps car les conséquences psychiques et physiques se développent au fur et à mesure des années. Pour l’alcool, la consommation semble augmenter avec l’âge, car c’est à la fois une pratique incorporée, mais ça peut également venir répondre à certains besoins à une période de la vie : peut être un début d’isolement que l’alcool vient combler.
On voit donc qu’il y a des pratiques générationnelles et genrées. Cela s’observe aussi pour la consommation de drogues, où les jeunes ont plus tendance à expérimenter.
L’addiction est donc vraiment un sujet complexe à cerner, extrêmement multiforme, avec beaucoup d’origines, mais surtout avec des lourdes conséquences. Avoir conscience des sources et enjeux est nécessaire pour agir et venir en aide.