En 2019, Johann Hari, journaliste britannique, publie « Chasing the Scream » et propose une formule qui fera date : « the opposite of addiction is not sobriety, it’s connection ». Derrière cette phrase se cache une idée puissante, l’addiction ne serait pas d’abord une affaire de substances ou de volonté individuelle, mais de lien social. Une idée qui bouscule les représentations communes, celles qui font de l’addict un faible, un marginal, un individu isolé dans un milieu défavorisé.

Car c’est bien là le premier réflexe : associer l’addiction aux franges les plus vulnérables de la société. L’image du toxicomane dans un quartier populaire, du joueur compulsif endetté, de l’alcoolique sans domicile fixe. Des images réelles, mais profondément incomplètes. Car pendant ce temps, dans les salles de marché, le trader enchaîne les rails de cocaïne pour tenir le rythme. Dans les dîners bourgeois, on débouche le troisième grand cru sans que personne n’y voie un problème. Dans les cabinets médicaux, on renouvelle pour la dixième fois l’ordonnance d’anxiolytiques d’une femme qui « gère mal le stress ».

L’addiction traverse toutes les couches de la société, mais elle ne les traverse pas de la même façon. Elle prend des formes différentes, elle est vécue différemment, jugée différemment, soignée différemment. Le milieu social dans lequel on naît et on évolue façonne profondément le rapport que l’on entretient avec la dépendance : les substances auxquelles on est exposé, les raisons pour lesquelles on y recourt, les ressources dont on dispose pour s’en sortir ; ou pour que ça ne se voie pas.

À cela s’ajoutent d’autres variables qui croisent et complexifient cette réalité : le genre, l’âge, la culture. Les femmes développent certaines addictions plus tardivement mais plus intensément que les hommes. Les personnes âgées souffrent de dépendances silencieuses et largement ignorées. Les adolescents font face à des formes inédites d’addiction, portées par les écrans et les réseaux sociaux.

Dès lors, comment le milieu social détermine-t-il le rapport à l’addiction — dans ses formes, ses causes, ses conséquences et ses possibilités de prise en charge ?

Pour répondre à cette question, nous commencerons par mieux comprendre ce qu’est l’addiction et ses mécanismes, avant d’examiner comment elle se manifeste différemment selon les milieux sociaux. Nous analyserons ensuite les conséquences que ces inégalités engendrent, pour envisager enfin les pistes de prévention et les solutions qui permettraient d’y répondre plus justement.

Sources
ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/5966/?sequence=7
Les inégalités sociales dans le champ des addictions | Cairn.info
À la fin de l’adolescence, des inégalités sociales de santé et de consommation de substances psychoactives marquées − France, portrait social | Insee
THESE AGOUDJIL A 08-07-2021.pdf
T12F094.pdf
Premiers résultats nationaux de l’enquête RECAP | OFDT

Retour en haut